Bonsoir chère inconnue, cher inconnu,
Il se fait tard, plus que tard, dans quelques heures je m'en vais travailler. Le sommeil ne veut pas de moi. Je rêve que la nuit m'enveloppe dans son grand manteau noir, qu'elle m'emmène au pays des rêves. Seulement ce kidnapping est impossible, mon cerveau ne veut pas se mettre en veille. Il se retourne dans ma boîte crânienne, se tortionne au point de s'emmêler.
Je me demande quand même quel est mon problème ? Je sais que l'issue des choses se solderas par une grosse chute. J'ai les genoux plus qu'égratiner à force de tomber. Pourtant je n'ai toujours pas investi dans des genouillères ni dans un casque.
J'ai en quelque sorte lâché mon bâton d'équilibre. J'avance dans le vide sans aide, sans filet, sans rien pour me retenir. Le vent de la vie s'est levé. Mon fil virvolte de droite à gauche. Je tente de me stabiliser du mieux que peux. Je tends les bras, je mets un pied devant l'autre. Je prie pour une accalmie, un moment de répis qui me permettrait de rejoindre le bord du gouffre.
Seulement les bourrasques se font de plus en plus fortes, je bascule. Dans ma tête le scénario catastophre s'enclenche, je vais m'écraser la tête la première contre le sol. Je vais me casser en mille morceaux, et même la meilleure des glues ne pourra me recoller.
Je ne sais pas d'où est sorti ce réflexe mais je me suis cramponée à mon fil de funambule. Non, je ne tomberai pas! Quand on a pas grand chose, garder la tête haute et sa dignité est important. Le vent peut me secouer comme une marionnette, je ne lacherai rien. Va te faire foutre le destin, toi, tes pièges pour me faire tomber.
Les soldes ont commencé, demain j'irai investir dans des protections pour les genoux, la tête et le coeur.
Bon je m'en vais dormir chère inconnue, cher inconnu.
A demain, mon sac n'est pas vidé totalement!
La fille d'à côté